Se faire du bien

Sans consulter (après tout, les psys aussi partent en vacances l’été)

Chose promise, chose due. Les newsletters de l’été seront ensoleillées. 

J’ai bien compris que j’étais à deux doigts de vous perdre au dernier épisode (4 désabonnements pour Quitter le nid, la mort n’a pas la cote). 

Je mets donc sur pause la chronologie de mon remarquable parcours psy (soyez rassuré.es, elle reprendra à la rentrée), et je m’en vais chercher un peu de légèreté.
Je ne remercie cependant pas l’actualité qui me donne plutôt envie de pleurer et/ou de tout péter. Le soleil n’empêche pas les petits Nahel de se faire tuer.
Je reste concentrée, on a dit légèreté. 

Dans mes toilettes il y a des livres (vous ne pensiez tout de même pas échapper à une histoire de cabinet).
Il faut être vigilant quand on sélectionne les livres qui passeront là de belles années immobiles et empoussiérées. 
Si vous ne choisissez que des livres sans intérêt, vous n’aurez pas envie de les regarder et il vous faudra trouver un autre moyen de vous amuser. Par exemple : regarder, impuissante, votre bébé emporter le balais brosse (aka le balais à chiottes) puis le mettre à la bouche, sans pouvoir vous lever (c’est la petite dernière après tout, ça lui fera des anticorps).

Attention toutefois à ne pas choisir non plus des livres passionnants ! Vous risqueriez en effet de rester enfermée trop longtemps. Pas cool pour le reste de la famille nombreuse qui subit les « Mamaaan » tambourinants du petit de 3 ans.

Vous l’aurez compris, contrairement aux apparences, la sélection littéraire des toilettes ne doit rien au hasard. L’autre jour, tandis que mon regard flânait doucement sur les rayons, une tranche plus colorée que les autres m’a fait de l’œil. Coincée entre Sade (Justine ou les malheurs de la vertu ) et Loïc Prigent ( «J’adore la mode mais c’est tout ce que je déteste» ), elle me fit peine, victime d’un intolérable manspreading.
Je la saisis toute rose qu’elle était et découvris : S’épanouir, pour un Nouvel Art du bien-être

Les livres des toilettes, on sait jamais vraiment d’où ils viennent. Une espèce d’improbable mélange de cadeaux Secret Santa (mauvaise pioche), d’achats vide-greniers un peu précipités(attends 50 centimes le livre ça vaut trop le coup) et de vieux bouquins déchirés piqués à nos parents, trimballés d’appart en appart depuis nos 18 ans (« mon Hegel, c’est toi qui l’avais ! », à chaque passage une nouvelle découverte pour ma mère). 

En creusant j’ai fini par me souvenir que j’avais gagné celui-ci en même temps que 9 autres de la collection Pocket, en participant à un concours de chronique littéraire, du genre organisé par le magazine Elle (3ème prix ex aequo, tous aux toilettes).

S’épanouir, donc, par Martin Seligman. Préface de Christophe André, tiens lui je l’aime bien, c’est partie pour la page 1. Je suis toute excitée, dans quelques instants je serai enfin débarrassée de ces satanées questions existentielles. Allez-y messieurs, expliquez-moi la vie, il est où le bonheur ? Il est où ?

Quand je pense à ces centaines d’euros dépensés chez les psys, ostéo, hypnotherapeutes et autres acuponcteurs, alors que les réponses à mes questions se trouvaient là, derrière ma chasse d’eau, juste à côté d’un sado-maso !

« Avant propos. Ce livre vous aidera à mener une vie épanouie. » Je referme le livre.
Je ne peux décemment pas continuer. Imaginez seulement si c’était vrai
Qu’est-ce qui alimenterait mes insomnies si on me donnait comme ça la clé du succès ? 

L’art du bien-être, c’est pas pour moi, d’ailleurs sinon le livre serait pas là.

J’ai essayé pourtant, le matin 20 minutes de yoga (bon ok deux fois), la course à pied (j’attends toujours les endorphines), le sport en général franchement je déteste ça. 

Tous ces machins de développement personnel, ça fait du bien apparemment, mais encore faut-il aimer ça, prendre soin de soi.

Allez savoir pourquoi j’accouche sans péridurale, sans rien d’une physiolover juste en hurlant de douleur (ma version du chant prénatal).
Je bois parfois de la tisane (pour faire plaisir à ma femme). Les légumes ça me rend triste, les fruits c’est limite. J’aime pas cuisiner, bien sûr j’adore manger trop sucré trop salé.
J’irai pas jusqu’à dire que j’aime pas la nature (ça serait mauvais karma), mais je préfère la ville, je m’en lasse pas. Ses bruits ses gens ses étés étouffants. Ses bistrots ses terrasses évidemment. 

Les balades en forêt ça m’a toujours angoissée, je déteste l’odeur de terre mouillée. Ça me rappelle les sorties à Rambouillet enfant où je m’ennuyais déjà tellement. Je voyais bien que les autres étaient super contents, ils adoraient ça, jouer à chat, ramasser des marrons et des champignons. Moi tout ce que j’aimais c’était le trajet en car et faire vibrer ma tête collée à la fenêtre.

Aujourd’hui c’est pareil, on me traîne en balade à la campagne (bon sang cette mode de la rando oui oui j’ai compris que c’était beau), alors que ça m’irait parfaitement d’attendre au pmu du coin avec le journal local et un astro.

J’aime la mer quand elle est chaude, j’aime pas nager, j’aime avoir pied.
J’adore le café, avant j’aimais fumer, et bien sûr le bon vin (j’accepte aussi le moyen). 

Bref. J’ai des goûts d’éternelle ado (so boring le principe de réalité) ou de petite fille gâtée en bonne santé.

En attendant, on est pas bien avancés pour cette newsletter de l’été.
Depuis que j’ai commencé Tu devrais consulter, plusieurs amies m’ont demandé : « Ça te fait du bien ? Ça t’aide de raconter ? » 
J’ai été un peu étonnée mais après réflexion j’ai compris la question. 
Elles se disent sans doute qu’écrire sur sa vie (et son histoire psy), c’est forcément une thérapie. Une manière de défaire les noeuds, de travailler sur soi. 
En fait non, je crois pas. Je me sers juste de ma vie comme d’un prétexte à l’écriture. Peut-être par paresse, ou par manque d’imagination. 
Ce qui est écrit a déjà été digéré. Est-ce que c’est vrai ?

C’est plus ma vie au fond, c’est signé Andrea.
Je parlerai à ma psy de tout ce que j’écris pas.

Niveau bien-être je suis pas du tout calée, on aura capté.
Ce qui me fait beaucoup de bien, c’est d’avoir un projet. Fabriquer quoi que ce soit, avec les doigts, ne plus penser qu’à ça.
Me dire qu’il y a aussi dans cette démarche intime une dimension politique. Parler de mauvaise santé mentale, de personnes qui vont mal, ça reste compliqué, tout le monde préfère la productivité.
C’est une façon comme une autre de m’engager.

S’engager. Trouver du sens collectivement. Devenir militant.e. Crier rire chanter fort manifester. S’autoriser à gueuler. Rejoindre un groupe, une asso une activité. Se faire des nouvelles copines.
Les voilà les endorphines.

Avant de le ranger j’ai quand même regardé la quatrième de couverture du livre rose, et j’ai lu :
« et si pour nous épanouir véritablement nous avions besoin de sens, d’engagement et de relations humaines riches ? »

Je l’ai sans doute jugé un peu vite. 
Est-ce qu’il aurait finalement sa place dans le salon ?


On va s’arrêter là pour aujourd’hui,
On se revoit dans deux semaines (je serai en Italie) ?


Andrea 

(Un jour, j’ai fait un câlin à un arbre. J’ai un coeur quand même.)

Hors Série Invité.es 

Aujourd’hui je donne la parole à deux personnes inspirantes et inspirées. L’une est très créative, l’autre, très engagée.Elles ont jamais vu de psy (incroyable mais vrai).
Elles ont trouvé leur équilibre. Et elles me rappellent tous les jours les bienfaits de l’amitié.

Cha, la joie militante : être porté.e par le collectif

Cha, on l’a appelé.e le jour où j’allais accoucher pour venir en urgence garder notre fils aîné. Iel était en train de dater (oupsi désolée) mais ni une ni deux iel a tout quitté pour venir nous aider. Iel est comme ça Cha. C’est la famille, iel a connu ma sœur enfant, même mes parents, et quand on s’est retrouvé.es vers 20 ans, j’ai découvert grâce à Cha ce que c’était, militer.
Cha c’est aussi le meilleur ambianceur de manif (et de soirée).

-Le militantisme ça a commencé comment pour toi ?

Cha : Quand on m’a demandé à 7 ans de remettre mon t-shirt lors d’une fête avec des copain.es de classe en argumentant « parce que tu es une fille » et que les garçons eux, sont restés torses nus. Je pense que j’ai pris conscience que quelque chose clochait.
Je suis pas devenu.e féministe à ce moment-là, évidemment, mais ça m’a bien marqué.e.
Je dirais que mon engagement à commencé par des rencontres, vers la vingtaine.J’étais out en tant que gouine, et la société était déjà lesbophobe. Il a fallu s’armer et bien s’entourer pour faire front.

J’ai commencé à mettre mon énergie dans ce qui me semblait évident, visibiliser nos identités et lutter pour nos droits. Créer du contenu sur un site internet et faire des soirées avec mon collectif Foleffet, lutter en faveur de la PMA pour tout.es avec le collectif Oui Oui Oui, rejoindre les Dégommeuses pour lutter contre toutes les discriminations sur le terrain de foot mais aussi en dehors, oeuvrer pour permettre à toute lesbienne défavorisée d’accéder à un logement avec le front d’habitat lesbien (FHL), et récemment mettre en avant la culture gouine avec Label Gouine.

-Quel conseil pour celleux qui voudraient rejoindre une asso mais qui n’osent pas, ne se sentent pas légitimes ?

Personne n’est plus légitime qu’un.e autre. On ne naît pas militant.e, on le devient, souvent par la force des choses, et on apprend ensemble à construire un monde meilleur.
Ça peut être flippant de rentrer dans un groupe quand on ne connait personne, qu’on soit militant.e ou pas. Ça peut aider d’y aller avec un.e ami.e par exemple pour se rassurer.
Je pense que c’est aussi trouver le collectif qui nous convient avant tout. Il faut parfois faire plusieurs tentatives pour trouver le bon, où l’on se sent bien et en sécurité pour être soi et s’épanouir (un peu comme choisir son psy quoi).

-Ah ! Justement, toi qui n’as jamais vu de psy, tu fais quoi quand ça va pas ?

Perso, le sport me fait beaucoup de bien, ça me vide la tête, ça me défoule et je ne pense plus à grand chose d’autre quand je suis sur le terrain de foot. Je cours derrière le ballon, c’est tout.
Il y a aussi les manifs qui me procurent une grande joie militante, parce que je suis avec mes ami.es, mes camarades et allié.es et que je me sens à ma place, du bon côté, à lutter pour nos droits, et plus largement pour les droits des minorités.
Le collectif, ça me porte toujours plus loin, plus haut.
La chance que j’ai aujourd’hui, c’est d’être entre autres chez les Dégommeuses, une asso qui réunit le sport et le militantisme. Le bonheur quoi !

Manon, la joie créative : modeler sa vie à sa façon

Avec Manon, on s’est rencontrées au lycée. On est très différentes, pourtant ça a tout de suite matché. Manon c’est le genre d’amie qui venait chez moi à 15 ans pour m’aider à ranger ma chambre, Marie Kondo avant l’heure : tout à la poubelle, à peine attendrie par mes pleurs. C’est elle aussi qui acceptait de m’accompagner quand je lui disais « mon père répond pas, j’ai peur de le trouver mort chez lui, tu peux venir avec moi ? », finalement il était seulement ivre-mort et il se mettait à la draguer (problématique/gênant), elle trouvait ça plutôt marrant.
Quand il est vraiment mort, elle est passée me déposer une de ses plus incroyables créations : un calendrier des sécrétions, fabriqué tout spécialement pour l’occasion. Rarement vu une telle créativité. Manon elle sait tout faire. Et ce jour-là elle a même réussi à me faire rire.
Maintenant elle est à Marseille et elle a ouvert un atelier de céramique, Démeterre, elle donne des cours, fabriquer des jolies choses c’est devenu son métier.

-Manon, c’est quoi le secret de ta créativité ?

J’ai toujours adoré faire des choses avec mes mains, quand j’étais petite mes parents appelaient ça la patouille. Je me mettais à côté d’une flaque d’eau avec un peu de boue et je pouvais passer des heures à patouiller.
Je faisais beaucoup de cadeaux à la main, des cartes de fête des mères (de grande qualité), des collages, des bracelets pour mes copines… En gros, je passais mon temps à fabriquer des choses, imaginer, dessiner, coller, découper (j’ai par exemple construit un métier à tisser les perles avec une boîte à chaussures et des cure-dents).

D’ailleurs, comme j’étais hyper immature, jusqu’à 13-14 ans, je préférais jouer avec ma (toute) petite sœur plutôt que de discuter de garçons avec les filles de mon âge. Du coup j’ai jamais trop laissé tomber le côté créatif de ma personnalité. Et puis vers la fin du collège, j’ai découvert la poterie et j’ai jamais arrêté. J’ai subi l’enfer d’être la seule ado dans un cours d’enfants puis d’être la seule ado entourée d’adultes ! Mais j’aimais tellement ça que je continuais. 
Quand j’ai commencé la poterie, c’était la première fois que je faisais une activité créative dans un cadre. J’avais des retours, je pouvais me comparer. Et j’ai découvert que c’était quand même vraiment plus cool de faire une activité pour laquelle on a des prédispositions que de devoir donner des gros coups de pieds à son poney qui veut pas avancer (oui j’avais essayé le cheval comme ma soeur aînée). C’était très valorisant et tellement satisfaisant. Parce qu’en poterie on peut fabriquer à peu près tous les objets du quotidien donc l’inspiration est illimitée. 

-D’où te vient cette passion pour les sécrétions ?

Offrir des cadeaux faits main, encore aujourd’hui, j’adore ça. Ça fait toujours des cadeaux dont on se souvient. J’offre beaucoup de céramiques mais aussi des poèmes ou des gâteaux pas toujours délicieux. Pour le calendrier des sécrétions, il y a plusieurs inspirations. Ma petite soeur avec laquelle je peux parler des heures de points noirs, de la consistance du pus qui sort d’un bouton et du plaisir intense de déplier un immense poil incarné caché sous la peau. Et une amie, graphiste, qui avait fait un livre illustré sur les pets comme projet de fin d’étude. J’avais trouvé ça hyper drôle. 

-Maintenant que tu donnes des cours, comment tu aides tes élèves inhibé.es, pas inspiré.es ?

Depuis que je suis prof de céramique, je vois qu’on est toutes hyper différentes (oui, mes élèves, 100% de filles) : certaines aiment la poterie pour le moment de convivialité, d’autres pour la détente, avoir les mains dans la terre pendant 2 heures, ou la motivation de ramener une pièce chez elles. Moi mon rôle c’est de les pousser à suivre leurs idées pour ne pas laisser trop la terre décider à leur place et de leur apporter des connaissances techniques. La technique et la pratique, c’est ce qui donne confiance !

Joyeux pêle-mêle

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Comments (

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  1. Exception-Disparition – Tu devrais consulter

    […] et puis ça continue, il y a des pauses, des ruptures, des retrouvailles, des hauts, des bas, des bonnes et […]

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