En attendant

La suite

Avril 2023. J’ai commencé cette newsletter en vous racontant ma première visite chez le psy. J’avais 5 ans, je mangeais rien et je me méfiais déjà du vieux mâle blanc qui voulait analyser mes dessins. 

La chronologie de mes aventures chez le psy c’était le projet initial, le prétexte à l’écriture comme je le dis souvent.

24 newsletters plus tard, encore une histoire d’alimentation qui finit cette fois par neuf mois d’hospitalisation.

À ma sortie de clinique en septembre 2016 je me suis sentie nouvelle
J’ai intériorisé ce cadre réconfortant, cette deuxième chambre d’enfant.
Un peu plus sûre de moi je pouvais tout affronter, je connaissais l’autre côté.

Parfois encore je m’imagine là-bas quand je me sens angoissée, ça m’aide à me recoller.

Une fois à l’extérieur ça a pris du temps, j’ai continué à voir ma diététicienne et le psy de la clinique dans son cabinet privé.
Avec lui ça marchait pas terrible, mais c’était une continuité, un pied dehors un pied dedans.

C’était un psy tout en posture, beau gosse il le savait (on l’appelait Docteur BG), toujours le même sourire les mêmes jambes croisées,
du genre à rien faire dépasser
tout lisse comme ses chemises et ses jeans repassés
sans grande preuve d’humanité. 

Le travail c’est la clé 
C’est ça qu’il répétait 
Le principe de réalité 

Docteur BG aimait beaucoup l’hétérosexualité.
Il était assez convaincu que mes histoires de lesbiennes c’était passager, qu’il suffisait juste que je trouve un homme un vrai.

Forcément avec votre père vous avez une mauvaise image de la masculinité 

Dis donc Docteur à ce niveau-là moi aussi je pourrais ouvrir mon cabinet. 
J’ai quand même essayé, après tout c’était peut-être vrai et je pouvais rien lui refuser.
Il était content, j’avais un mec
De mon côté rien à signaler. 

Quelques mois plus tard j’ai finalement rencontré l’amour la vraie, je l’ai annoncé à mon psy carrément défait.
Quand plus tard je lui ai dit qu’on voulait un enfant et qu’on allait se marier, alors là c’était le pompon il a rendu son tablier.

J’ai arrêté de le voir 
j’ai adoré lui envoyer les faire-parts
de nos enfants avec des petits cœurs et des merci Docteur.

L’amour et l’eau fraîche donc
besoin de rien envie de PMA 
c’est fou la vie est belle
stimulation ovarienne
une puis deux « fausses couches »
Ça ira ça ira

Et nous voici de retour à janvier 2019 
mort du père 
descente brutale
Un récit déjà fait sur l’étrange synchronicité.

Plus de psy, optimisme à rude épreuve, beaucoup de pleurs et dedans
toujours
la même obsession : avoir un enfant.

C’est à ce moment-là que la gynéco que j’aime tant nous a conseillé de faire une pause le temps de respirer, et m’a donné le numéro de sa meilleure amie une super psy. 
Elle aussi, je vous en ai déjà parlé, celle que j’imaginais à l’apéro avec ma gynéco, lui balancer tous mes secrets et rire de ma catastrophique future maternité.
Avec elle non plus ça a pas duré, impossible d’être moi-même, je voulais trop qu’elle m’aime.

Alors boucle bouclée me voici arrivée à ma psy actuelle, une vraie merveille.
Après la naissance de mon deuxième enfant en juin 22, dépression post-partum
(ça vous étonne ?)
Cette fois je décide de chercher une psy via un réseau féministe, je me sens d’emblée plus en sécurité.

Au premier rendez-vous je l’aime pas beaucoup. 
Elle parle vraiment très peu et puis elle prend pas de note 
ni stylo ni papier 
j’ai jamais vu ça elle m’écoute ou quoi ?
Je sors énervée 
j’y retournerai pas 
bon allez juste une fois

Et cette fois la suivante
elle ouvre la bouche 
tiens surprenante 
elle est très intelligente.

Elle a l’art de pointer
tout bas 
les presque riens 
les à-côtés 

Je suis pas toujours sûre de comprendre ce qu’elle murmure 
elle me fait réfléchir 
En miroir immobile, sa présence est solide.

Je lui parle de cette newsletter depuis le début.
À travers ce projet, elle a vu le désir 
La joie 
Et l’élan retrouvés

Elle a suivi les doutes, sans jamais me rassurer.
J’ai eu peur parfois qu’elle se sente espionnée (ça je le saurai jamais). 

La semaine dernière j’ai appris une très bonne nouvelle, qui concerne un grand projet dans lequel je vais me lancer. J’ai eu envie de lui annoncer tout de suite mais j’ai attendu patiemment le rendez-vous suivant.

Sans surprise, pas d’effusion, mais un regard confiant.
Avant de nous séparer, je lui dis : 
je vais devoir mettre en pause la newsletter pour le moment, ça m’ennuie mais j’ai peur de plus avoir le temps.

À votre avis, qu’est-ce qu’elle m’a répondu ?

On va s’arrêter là pour aujourd’hui.

Merci à vous toutes et tous qui m’avez lue, écrit, soutenue,
je vous tiens au courant pour la suite.

En attendant prenez soin de vous, de vos proches et lointains,
gardons espoir en ces temps difficiles, 
faisons front,
la santé mentale est politique.

Andrea

La tristesse du Roi, Matisse, 1952.

Psychologie de comptoir spéciale enfance

(*Parce que les enfants de 4 ans ont tout compris)

1 – Maman, c’est quoi ce tableau ?
– C’est un tableau qui s’appelle La Tristesse du Roi, mon chéri.
– Ah oui je vois les larmes jaunes. Moi je suis en vert et je pleure et toi tu es au milieu tu fais de la guitare pour me rassurer. Et si le roi est triste, pourquoi il va pas voir un spychologue ?

2 – Maman, ça ressemble à quoi un psychologue ? Ça a des longs bras ?
– Tiens, des longs bras ? Mais pourquoi mon chéri ?
– Ben pour faire des câlins ou des chatouilles quand on est triste.

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