Et vous ?

Un espace pour vos récits. Écrivez-moi, je réponds toujours. Un témoignage est publié dans chaque Newsletter, et d’autres sur Instagram, si vous le voulez bien. Vous pouvez bien sûr rester anonyme (et choisir le pseudonyme de vos rêves). J’ai hâte de vous lire.


Les premiers mots, le témoignage de Joséphine

J’ai compris récemment l’importance des premiers mots de ma psy. 
Je vois des psys depuis presque 15 ans. En tout, j’en ai vu 5 avant celle d’aujourd’hui, à des moments clés de ma vie. Mais c’est seulement depuis ma psy actuelle que j’ai le sentiment de vraiment avancer, d’être en travail. 
Tous mes autres psy commençaient par quelque chose comme : « Alors, comment ça va depuis la dernière fois ? ». Cette question me semblait assez neutre, une accroche banale pour lancer la parole. 
Comment ça va ? Et je partais sur mon humeur du jour, les contrariétés de la semaine, je me demandais si oui j’allais bien ou non pas tant que ça. Parfois j’avais la sensation désagréable d’un bavardage autocentré anecdotique, l’impression de tourner en rond, de rester en surface.
Ma nouvelle psy ne me demande jamais comment je vais. Elle me dit à chaque fois les mêmes mots, avec sa belle voix grave, dès que je suis assise : « Je vous écoute ». Et ça change tout. 
Je me sens responsable du sujet que je vais aborder. Déjà d’abord je réfléchis. Je choisis un noeud dans mon sac et je m’y attelle, avec elle. Je me lance dans mon petit chantier, étape par étape. Son je vous écoute m’engage autant qu’il m’accompagne. Et quand la séance se termine, elle conclut toujours par : « Je vous attends la semaine prochaine », avec confiance et une petite pointe d’interrogation. 
Comme une promesse réaffirmée chaque fois, un rappel de notre engagement commun.


Les cauchemars récurrents de Naomie

Mon cauchemar récurrent, c’est celui d’être au volant d’une voiture alors que je ne sais pas conduire. Déjà enfant c’était terrifiant : je rêve que seule moi peut sauver ma petite sœur, je monte à la place du conducteur, on roule mais je ne maîtrise rien, je me réveille en nage.
À différentes périodes de ma vie j’ai souvent refait ce cauchemar. Je conduis et c’est affreux parce que je ne sais pas faire et je mets tout le monde en danger.

Une seule fois je me suis réveillée complètement bluffée. C’était la veille des tout derniers partiels de ma formation, quelques jours avant la fin de mes études. Cette fois, je rêve que je conduis, je suis tétanisée mais en fait je roule, je roule, je roule et j’arrive même à me garer. La voiture s’arrête. Tout est calme. Le rêve presque ennuyeux. J’y ai vu un doux message de mon inconscient : t’as bien bossé, tes études sont finies, ça y est t’es grande.
Le diplôme je l’ai eu. Mais le permis…toujours pas inscrite. Et les cauchemars, eux, reviennent parfois. 
Quant aux psychologues à qui je pourrais raconter mon histoire familiale ponctuée de fantômes morts en voiture, je leur en ai jamais parlé.

Alors Andrea, je devrais consulter ?


Dans la vraie vie, le témoignage de Dorothée.

J’ai croisé ma psy dans la rue l’autre jour. 
Elle était en famille et avec son chien. Ça m’a rendue complément bizarre. 
J’étais toute rouge, je voulais faire demi tour pour ne pas qu’elle me voie dans la vraie vie, surtout pas, et en même temps je voulais la regarder dans sa vraie vie à elle, essayer de voir des différences avec son attitude en séance. Mon cœur battait la chamade. 
Absurde. Ça fait ça à tout le monde ??


Abuser de son pouvoir, le témoignage de Dominique.

Dans les années 90. Effroi d’apprendre que le père de mes enfants (10, 8 et 6 ans) dont je suis séparée depuis 2 ans dort dans le même lit que la baby-sitter de 13 ans. J’en parle au bienveillant oncle psychanalyste qui dit sans hésitation : 
– Vous êtes séparés, c’est toi qui es partie. Sa vie ne te regarde plus.

Je vacille. Le père, 43 ans, a l’autorité parentale partagée, la baby-sitter adorable est une enfant amoureuse sous influence et en danger. Ses parents savent. Cautionnent.
Une avocate contactée alors me confirme que si je porte plainte ça signifie des témoignages, la police, la suppression probable du droit de visite du père, les enfants choqués, les parents de la gamine accusés de non-assistance etc. Mais le père à peine inquiété. Ma plainte serait donc un tsunami dévastateur inutile, en plus d’être un drame pour mes enfants qui adorent leur père, sans compter le risque majeur de vengeance de ce dernier envers nous 4. Quand on sait comment les hommes sont alors toujours protégés par la loi, il pourrait nous faire du mal sans souci. 
Je ne fais rien, me tais et tends le dos rongée pendant des années par la culpabilité. Des années plus tard, le même psychanalyste bienveillant, évité soigneusement par moi, me coince à une réunion de famille : 
– Tu aurais dû porter plainte. Tu ne t’étonneras pas si tes enfants te reprochent un jour de n’avoir rien dénoncé. 
Le même thérapeute, deux avis contraires. Dans les deux cas, je suis coupable. Merci l’aide. Ma honte est immense. Autre époque, dit-on… Elle a bon dos, l’époque ! Il a bonne conscience, le psy.

Moralité :  les psys peuvent être dangereux surtout s’ils sont assez inconséquents pour s’imposer (dans ce cas au sein de leur famille). Heureusement il y a les autres, celles et ceux qui ont une éthique et m’ont redonné un peu confiance en moi et matière à revoir le positif pour avancer.

Je crois que pour trouver la ou le thérapeute, il faut se fier à son ressenti, être en confiance. Surtout quand il s’agit de confier un jour nos enfants jeunes si le besoin arrive.
C’était il y a longtemps. « Une autre époque ». Je ne veux plus entendre cette phrase pour valider nos manquements, nos erreurs. Nous devons des excuses et un soutien absolu à cette génération qui se bat. Cette époque révolue détestable, renversons-la pour construire .


Cécile, bien accompagnée.

J’avais un peu moins de 30 ans quand j’ai commencé à aller la voir. Elle m’avait été conseillée par une amie plus âgée. En montant les escaliers de son petit immeuble du centre de Paris, j’avais peur : “Et si elle ne me plaisait pas ? Et si ça ne servait à rien ?”
Quand elle a ouvert la porte, surprise : elle faisait ma taille (je suis petite), avec un carré de cheveux blancs impeccable, un sourire très doux. 

Elle m’a proposé de m’asseoir en face d’elle, ou de m’allonger. Je me suis assise. Je lui ai expliqué pourquoi j’étais là, j’ai tout déversé d’un coup : ma mère alcoolique et dépressive, ma peur de devenir comme elle (et comme ma grand-mère), mes crises d’angoisse de plus en plus fréquentes que j’appelais « la pieuvre », avec la sensation d’étouffer et de couler, mon célibat qui me pesait, ma peur de ne pas réussir ma vie professionnelle et personnelle, d’être définitivement abîmée par mon histoire familiale .. 
Et je me souviens avoir terminé par “Parler de mes problèmes n’a jamais été difficile pour moi, je débrieffe régulièrement avec mes amies, donc je ne sais pas vraiment pourquoi je suis là”. 
Je l’ai fixée, elle m’a souri, et elle m’a répondu : “Vous n’êtes pas votre mère, ni votre grand-mère, le mal-être n’est pas génétique, vous êtes jeune, vous avez décidé de prendre soin de vous, et je vais vous accompagner, en essayant de poser les questions que vos amies ne vous ont jamais posées avant.”
Je ne me suis jamais sentie aussi soulagée de toute ma vie, c’était exactement ce que j’avais besoin d’entendre.
J’y suis retournée une fois par semaine pendant des années, avec des pauses plus ou moins longues, elle m’a accompagnée pendant le cancer de ma mère, lui parler m’a aidé à avancer… Un jour, je lui ai dit : “Je crois que maintenant ça va”. Elle m’a répondu : “Je suis d’accord. Et si vous ressentez un jour le besoin de me voir, je serai toujours disponible”. 
Quelques années plus tard, je lui ai envoyé une photo de mon fils qui venait de naître.
En pensant qu’elle, cette femme aux beaux cheveux blancs, avait changé ma vie.


Les désaccords de Laure, 40ans.

Parfois quand on se dispute avec ma copine, elle me sort en dernier recours : « de toute façon, ma psy est d’accord avec moi ! »
Non mais je rêve, c’est quoi cet argument d’autorité ! Si on va par là, évidemment que ma psy aussi est d’accord avec moi, puisqu’elle connaît que mon point de vue. Un peu facile (et malhonnête). 
D’ailleurs qu’est ce qu’on en sait franchement, s’ils•elles sont d’accord avec nous ou non ?!

Rassure-moi Andrea, on est d’accord ?


Le rendez-vous manqué de Clémence.

Ma famille est une habituée des psys mais, pour ma part, je n’ai jamais ressenti le besoin de prendre rendez-vous. Jusqu’à.
Jusqu’à ce qu’on se sépare avec mon mec après 8 ans de relation et qu’on se remette ensemble près de 2 ans après. Clairement, les années passées l’un sans l’autre n’ont pas aidé à résoudre les problèmes de confiance et d’insécurité… Face à l’ampleur que prenaient alors nos disputes et leur violence, l’aide d’un.e psychologue me parut opportune – psy que je contactai sur recommandation d’une copine, confortée par le fait que je retrouvai son nom dans « Psychologies Magazine ». Sur sa fiche, étaient indiqués parmi les motifs de consultation « Gestion des émotions », « Problèmes de couple » – bingo !
Assez classiquement j’imagine, les premières séances se concentrent sur le background, notamment familial. Et, dans mon background, malheureusement assez classiquement aussi, famille se mêle avec pédophilie. Ce qui semble avoir beaucoup plus intéressé la psy que mes embrouilles de couple. Au fil des séances, j’avais l’impression qu’elle ne m’interrogeait et ne voulait m’entendre qu’à ce sujet. Je ne minimise pas l’impact de mon histoire familiale sur ma vie, car sans avoir été une victime directe, elle a bien évidemment contribué à façonner qui je suis aujourd’hui et continue à maints égards de dicter mes choix ou de régir mes craintes. La prise en compte de ce passif permet sans doute également de comprendre certaines réactions, a fortiori dans le couple. Mais y consacrer 10 séances me paraissait bien éloigné de mon besoin d’alors.

En l’occurrence, il ne s’agissait pas du problème que je n’arrivais pas à gérer. Je souhaitais qu’on s’attarde sur les raisons pour lesquelles j’avais réagi de telle manière à un temps T et qu’on me donne les outils pour y remédier, sans passer par l’introspection de mes 30 années passées. La psy me « reprochait » de ne pas arriver à aller au-delà de la résilience. Sûrement, et c’est peut-être indispensable de procéder ainsi en psychothérapie d’orientation analytique mais, concrètement, ce n’était pas ça qui allait me permettre de retrouver rapidement une communication sereine avec mon mec. 
Cela m’a amenée à me distancier progressivement de la thérapie (le confinement avec les séances par téléphone n’ayant pas aidé me concernant). Ai-je eu une approche trop court-termiste et utilitariste ? Probablement, puisque la « recommandation » de la psy – face à mon impatience/insistance – a été de m’orienter vers une thérapie de couple. Ce que nous n’avons finalement pas fait, mais après 4 ans, un enfant et un second en cours, je suis sûre qu’on aura d’autres raisons pour explorer nos inconscients ! »


Les marches d’Angèle, 40 ans.

J’ai traversé une dépression de plusieurs mois. Je ne voyais pas le bout du tunnel, je n’avais la force de rien.

J’étais en arrêt de travail, pendant plusieurs semaines. J’étais arrêtée, au point mort. 
Petit à petit j’ai retrouvé l’énergie calme de marcher, longtemps, à travers Paris. J’allais à pied à mes différents rendez-vous de psy, un différent chaque jour : lundi la psychologue doudou-maman-coocooning qui me servait de la tisane et me couvrait sous un plaid, pas remboursée et trop chère pour que j’aille la voir plus d’une fois par semaine.

Le mercredi c’était la psychiatre-psychanalyste-méchante remboursée mais qui ne souhaitait pas me prescrire de médicaments. Enfin le vendredi j’allais chez le psychiatre-apothicaire qui me donnait mes ordonnances de fleurs de Bach et autres gouttes magiques thymo-régulatrices-homéopathiques.
Ces marches se reliaient entre elles, comme les étapes d’un parcours. Ces rendez-vous hebdomadaires étaient devenus mon travail, et c’est là que le mot a commencé à prendre son sens pour moi.


Une colère saine, Elsa – En réponse à la Newsletter 12 : Vacances colère.

Chère Andrea,

Je suis de cette génération – 18 ans en 2007 – qui a aimé voir la colère « saine » de Ségolène Royal face à Nicolas Sarkozy dans le débat du second tour. Loin de la décrédibiliser à mes yeux, cela l’avait rendue humaine et proche de moi. Une femme engagée je m’étais dit. 

Quinze ans après, je suis toujours de ceux qui pensent qu’il y a des colères saines face aux injustices de ce monde. Quoi qu’en pensent ceux qui t’accableront pour avoir élevé la voix dans un dîner et mis fin à leur monde harmonieux, sans violence, sans éclats, sans débats et surtout sans révoltes. Ne pas élever la voix revient à subir leur violence à eux, qui est parfois symbolique. Les bien-pensants et les petits-bourgeois de la pensée conformiste, les tenants du monde dominant ne doivent pas avoir le monopole de la violence, qu’ils exercent sans même le savoir pour beaucoup. Je suis donc de ceux qui pensent qu’il faut garder sa capacité de révolte face au monde. 

Quand j’ai lu ta dernière chronique, j’ai aimé que tu te fâches dans un dîner un peu mondain. Les dîners sont, depuis que nous sommes devenus adultes, si ennuyeux, si convenus, peu de rires, beaucoup de vacuité et de vernis social. On s’emmerde à ne plus prononcer une phrase plus haute que l’autre. Je me suis aussi sentie fâchée. Fâchée que tu te sentes « coupable » ou « impolie ». Fâchée aussi et surtout contre cette avocate. Je dois te préciser ici que je suis avocate. 

Pas sûre qu’un dîner soit le lieu le plus approprié pour blaguer sur les agressions sexuelles… Et si elle avait été en face d’une victime ? Est-ce vraiment le bon positionnement pour une avocate par rapport à ses clients et à la société ?

Ce métier est un pugilat quotidien ; nous sommes nombreux parmi les avocats à souffrir des injustices que subissent nos clients et de la violence des rapports sociaux que nous gérons quotidiennement en tant qu’avocat.e.s. Nous sommes exposés aussi. 

Alors oui, ton avocate peut effectivement défendre des agresseurs sexuels et des accusés d’agression sexuelle, avec toute son énergie professionnelle (qui peut toutefois être utilement modulée : défend-on Guy George comme on défend une femme battue ?). C’est l’essence de ce métier – parfois vu uniquement sous l’angle de ses paillettes, qui sont assez rares finalement, ce métier ne sera pas touché par l’interdiction européenne des paillettes – d’avoir à faire à la misère humaine sous toutes ses formes (par exemple, je défends une femme battue par son concubin qui est en prison, afin qu’elle obtienne un permis de visiter cet homme, que l’administration pénitentiaire lui refuse). Et je comprends qu’elle y trouve un intérêt professionnel, quasiment technique : nous avocats suspendons beaucoup notre jugement moral au profit d’un raisonnement juridique, ce qui fait notre force et liberté.

Mais non, ton avocate n’était pas obligée de vanter le peu de poids de la parole des victimes devant les tribunaux, qui est un fléau de notre justice. C’est son erreur. Cela nuit à la cohésion de notre société : si je n’ai pas confiance en la justice, dois-je encore respecter le pacte social ? Je ne m’explique pas qu’elle ait pris sur elle le tas de merde de la justice et de l’humanité, pour l’exploiter dans ses mondanités, autrement que par une grande immaturité ou une grande « immunité » aux malheurs de ce monde. 

Il aurait fallu présenter les choses autrement : peut-être dire que la parole des victimes a peu de poids en l’absence de « preuve » d’une agression sexuelle, ce qui rend la condamnation des agresseurs très complexe ; dire que cela est dommage et souligner aussi éventuellement que l’absence de preuve rend objectivement et matériellement très compliqué le travail d’un juge. Comment être sûr qu’il ne va pas condamner un innocent ? 

Un peu de nuance peut-être et bien sûr un peu de conscience de la violence de son discours.

Si elle nous lit, je lui conseillerais donc de garder sa capacité de révolte et d’attention aux autres, de la développer, de se mettre en colère face aux injustices et de ne pas se contenter d’être un simple passe-plat facturant dans un système judiciaire bien imparfait.


Le corps a ses raisons, Romane 40 ans.

Depuis quelques semaines, je suis sujette à d’impressionnantes suées nocturnes. Réveillée en pleine nuit, glacée et trempée, je suis obligée de me doucher et de changer les draps à chaque fois. J’ai 34 ans, et je me dis que c’est vraiment tôt, même pour une péri-ménopause.

Un peu inquiète, je me résous à consulter mon médecin généraliste. Il part tout de suite dans une direction que je n’avais pas anticipée : « Avez-vous vécu un événement particulièrement stressant dernièrement ? » Surprise, je mets un instant à répondre. Oui en effet, j’ai pile à ce moment-là le cœur brisé par une histoire d’amour avec une de mes amies et collègue de travail, qui tout comme moi est hétéro, mariée et mère de deux jeunes enfants. Je suis à cette période à la fois très triste et très occupée, jamais jamais seule. Je dis que je ne vois pas du tout le rapport. « Mais enfin, me dit-il, tout ce que vous ne pouvez pleurer le jour, vous le suez la nuit ».

Déclic. Quelques jours plus tard, j’ai commencé un suivi avec un psychiatre puis je suis devenue lesbienne. Et les suées nocturnes se sont envolées.


Un message de Margaux, en réponse aux mots d’Alexis, pédopsychiatre invité de la newsletter 10.

Hello Andrea,

Après le confinement j’ai consulté une psychologue : maman de 2 enfants je prenais (un peu) l’eau. J’ai d’abord contacté une psy non dispo (les gens qui n’allaient pas bien étaient visiblement nombreux à cette période) qui m’a dirigée vers une de ses confrères. 

Elle a été super, une très belle rencontre, ma première rencontre avec la thérapie. C’était mon idole je la citais tout le temps, j’étais fan, un vrai transfert. Elle a déménagé, nous avons continué via zoom et à un moment j’en ai eu marre, trop de blancs, trop de frivolité, j’ai abandonné. 

J’allais mieux et je ne voulais pas qu’elle me dise le contraire. Sûrement au moment où ça aurait pu devenir très intéressant… 
Je l’ai « ghostée », pouf paf. Et en lisant ta conversation avec Alexis je me suis rendue compte que je ne lui avais jamais dit merci. 
Étant moi-même à mon compte, dans le domaine de la création, je ne supporte pas quand un client m’envoie ses retours sans souligner qu’il trouve ça super, comme si c’était normal. 

J’ai fait la même chose avec ma psy, c’était normal qu’elle soit bonne, qu’elle appuie sur les endroits qui font mal, c’est son boulot après tout…

Alors grâce à toi Andréa j’ai écrit un mail pour lui dire merci.

Merci.


Ma relation à ma psy, Juliette (dans la Newsletter 10, Une rencontre avec Alexis, pédopsychiatre, interrogé à la fin du texte).

J’ai une vie d’avant. Une vie sans psy. Une vie dans laquelle je me posais plein de questions sans pouvoir y répondre. Ce n’était pas vraiment gênant. Je préférais les discussions de comptoir, tard le soir, pour régler mes problèmes. Entre débauche et psychothérapie accélérée. 
Un jour, mon père est mort. Sans prévenir. Et moi j’ai basculé dans un autre monde. Un monde sans père. Ni repères. 
Sur les recommandations d’une personne de confiance, je suis allée consulter une psy. 
Je suis arrivée dans un bureau avec deux fauteuils posés l’un en face de l’autre et une banquette pour s’allonger. Le principe restant le même, peu importe l’assise : il faut se raconter. Un signe de tête m’a fait comprendre que je devais m’asseoir sur le siège le plus proche de la boîte de mouchoirs. Et l’exercice a commencé…
J’ai passé des années à essayer de faire rire ma psy avec des histoires rocambolesques, des jeux de mots ou des réparties bien senties. J’imagine que je cherchais à alléger la situation. Et je n’aimais pas le cadre de la psychothérapie. Une fois, je lui ai même proposé d’aller nous promener ou d’aller boire un café sous prétexte que cela m’aiderait à libérer la parole. Évidemment, elle a refusé. 
Maintenant, j’ai arrêté les blagues et j’y retourne une fois par semaine. Pour combien de temps ? je ne sais pas. 
En ce moment, elle insiste pour me voir plus. Je ne suis pas prête. Alors je laisse son conseil flotter dans l’air. J’ai besoin de plus de temps pour me donner. Pour sauter hors de moi, j’ai aussi besoin d’être sûre qu’elle va me rattraper.
En attendant d’être sûre, je continue d’apprendre à la connaître. Depuis 12 ans avec quelques pauses. Je trouve qu’il faut beaucoup de temps pour construire une relation quand on est la seule à ne pas pouvoir poser de questions. Aujourd’hui, j’en ai pris mon parti. J’ai d’autres méthodes pour savoir sans même avoir besoin de demander.

Dans son bureau, je recueille des informations en l’observant. Je l’examine sur son fauteuil. Ses vêtements sont toujours chics. Sa posture toujours droite. Ses cheveux toujours blancs. Et puis, je regarde son casque de vélo posé négligemment sur une chaise ; ses câbles de téléphone et d’ordinateur souvent emmêlés ; parfois les épluchures de clémentines dans un coin. D’ailleurs, je me demande intérieurement comment elles ont pu atterrir si loin de son fauteuil. À cet instant je me dis que je tiens un vrai indice. J’en déduis qu’elle doit être assez désordonnée dans la vie. Je ne sais pas pourquoi mais ça me rassure. Alors je continue d’avancer pas à pas vers elle pour m’approcher un peu plus de moi. 
Parfois, je prends peur. J’ai envie de fuir, de claquer la porte pour de bon, de ne jamais revenir. Surtout quand je sors de chez elle, le cœur battant, les idées pas claires. Puis sur le chemin du retour, je me calme. Je réorganise ma pensée dérangée. Je me dis que pour se délivrer, il faut d’abord se livrer. Alors je retourne dans son bureau la fois d’après. Un peu pour moi. Un peu pour elle. J’ai eu du mal à me l’avouer. Maintenant je le sais, nous sommes liées par ce travail. De ma réussite dépend la sienne et de la sienne dépend la mienne.


Andrea :
– Alexis peux-tu me dire si ça t’évoque quelque chose ? C’est intéressant cette idée finale de réussite réciproque. « Avancer pas à pas vers elle pour m’approcher un peu plus de moi ». Est-ce que ça te parle ? 

Alexis : 
– Cette phrase me parle beaucoup, c’est une bonne conclusion ! Apprendre à faire confiance à quelqu’un, se confier, projeter en lui des tas de questions, impressions, sentiments, émotions, et avoir un échange régulier, c’est apprendre à se connaître, à s’accepter comme on est, à s’aimer même, à aimer la vie et à pouvoir la vivre du mieux possible !

Le fait qu’elle soit peut-être “assez désordonnée dans la vie” et que cela “la rassure”, me fait ajouter que cela ne tient pas à grand chose qu’une relation thérapeutique prenne ou ne prenne pas, et qu’encore une fois ce n’est pas tant le type de thérapie, ou le manque de professionnalisme (qui pour moi est un frein majeur à une bonne évolution thérapeutique), mais plutôt, dans le cas d’un.e thérapeute suffisamment bon.ne, de petits détails qui vont faire matcher la relation thérapeutique et permettre une rencontre où pourra avoir lieu une élaboration commune sur l’histoire en train de s’écrire du sujet.


Peur de la solitude – Émilie, 33 ans

En arrivant dans la nouvelle ville où je devais m’installer pour le travail, j’ai pris contact avec un nouveau psy avant même de savoir où j’allais habiter vraiment.

J’avais tellement peur d’être seule et triste que comme un principe de précaution, contre l’isolement, j’ai pris rendez-vous avec un psy dont je suis tombée très amoureuse en quelques semaines.

Je me suis souvent posée la question : suis-je en train de me payer un homme de compagnie ? Un ami ? Je discutais politique avec lui, sans réussir à aborder d’autres thèmes intimes.
Est-ce que cela me faisait du bien quand même ? En effet, dans mon travail et avec le peu de relations que j’avais à mon arrivée dans cette nouvelle ville, j’avais peu de personnes avec qui échanger sur des sujets qui me tenaient à cœur.
J’ai mis beaucoup de temps à sortir de cette relation de dépendance affective culpabilisante et humiliante car j’avais l’impression de passer à côté de mon travail d’analyse, impuissante, et en quête de liens sociaux et affectifs gratuits réciproques.

Pour réussir à quitter cet homme, j’ai vu pendant quelque temps et en même temps que lui deux autres psys et un ostéopathe.


Les rêves de Barbara – en réponse à Rêve général, la Newsletter n°7, dans laquelle Elisa, psychologue-clinicienne, était notre invitée spéciale.

Chère Andréa,

Je suis une lectrice assidue de ta newsletter, et celle sur les rêves m’a beaucoup touchée. 

Moi aussi, je note mes rêves dans un petit carnet. Je le fais depuis 2015. Je n’écris pas tous les jours, seulement quand je me souviens du rêve et que j’ai le courage d’écrire. Impossible de compter le nombre de fois où j’ai pensé au réveil « c’est bon je l’écrirai plus tard, je m’en souviendrai »… et ensuite le rêve a disparu dans l’oubli.
J’écris pour moi, seulement pour moi. Elle est importante, cette question de la destination de l’écrit, que pose Elisa. 
Récemment, ma copine est tombée sur ce carnet et n’a pas pu s’empêcher de lire quelques pages (elle me dit qu’elle n’a pas tout lu, je lui accorde le bénéfice du doute). J’étais très en colère. Car ce carnet onirique est encore plus intime qu’un journal intime. A vrai dire, j’ai un peu honte de mes rêves. Ils sont un peu balourds, disons, si simples à interpréter en apparence. Et puis mon ancien conjoint, le père de mes enfants, y apparaît souvent. Alors ma copine était triste, blessée, jalouse. Je comprends ce qu’elle ressent : la jalousie à l’égard des ex de la personne qu’on aime, c’est humain. Mais lire les carnets, c’est comme espionner le téléphone portable : interdit ! Et surtout, comment peut-elle m’en vouloir de mes rêves ?!!! Qu’y a-t-il de plus involontaire?

Tu ne devineras jamais, Andrea. Moi aussi, je rêve de gynéco !

Voici un exemple. Je retranscris le rêve tel qu’il est raconté dans mon carnet, (très souvent illisible, car écrit dans un demi sommeil). Les précisions entre crochets sont ajoutées.

« Consultation chez le gynéco. Dans la salle d’attente, je découvre qu’il fallait arriver nue. Ma soeur et son mari sont là, tous les deux à poils, avec un manteau ouvert. Le médecin m’appelle. Je suis avec X [le père de mes enfants], qui a acheté du vin pour le gynéco. On commence la consultation, mais le matériel ne marche pas. Il faut filmer quelque chose. On change de salle, encore et encore. Dans la dernière salle, le gynéco dit : ici c’est super, ça marche. Mais le papier sur la table d’examen est sale, il est tout marron. Il dit qu’il ne peut pas le changer. Je m’énerve. Soudain arrive Y [une vieille amie qui vit loin, pas vue depuis longtemps]. Elle dit que c’est beaucoup trop sale. »

Et voilà, c’est tout. Un constat, toujours, s’impose dans mon carnet : mes rêves manquent de chute ! Et ça, ça m’énerve beaucoup. Qu’ils soient absurdes passe encore, mais pourquoi n’y a -t-il  jamais une fin digne de ce nom? 

J’ai consulté une psy formidable, pendant deux ans (au moment, justement, de me séparer du père de mes enfants et d’accepter mon homosexualité). Elle me disait aussi que j’avais tous les rôles dans mes rêves. Je suis tous les personnages. Je suis vraiment contente de constater en te lisant qu’Elisa pense la même chose. Voilà un pilier sur lequel s’appuyer. 
Je continuerai donc à écrire mes rêves, à n’y rien comprendre, et à regretter l’absence de chute.

Pourquoi diable offrir du vin à un gynéco, Andrea, tu as une idée?

Bien à toi,

Barbara


Rêver d’écrire

Chère Andrea,

Dans ta dernière newsletter, tu parles de l’écriture, on y lit le plaisir de créer, le plaisir de façonner avec ses mains, ou plutôt avec ses mots. Moi, ça m’a toujours fascinée, mais je suis toujours de l‘autre côté du papier, devant ou derrière je sais pas !, bref je suis plutôt celle qui lit.
L’autre jour, on parlait de ta newsletter avec une amie, et je disais comme le travail d’écriture m’impressionne, comme je ne me suis jamais sentie concernée (pourquoi moi, pourquoi j’aurais quelque chose à dire ?). Mon amie, elle aussi une amoureuse des mots et une fan de TDC, essaie de m’encourager, me dit que tout le monde peut écrire. On parle d’autre chose et on se quitte là-dessus.
C’était sans compter sur mon inconscient, qui n’en loupe pas une, qui décide de m’envoyer un message par rêve : le soir même, quelque chose de terrible se passe pendant mon sommeil, je suis convoquée, je dois repasser le bac français !! C’est comme ça, à 35 ans on doit y repasser. C’est la panique j’ai pas prévu, je me précipite au lycée, et là je me plonge avec angoisse dans l’écriture d’une dissertation. Très vite, la salle de classe devient une salle de bains (les rêves et leur bizarrerie !), mais je continue de coucher mes idées sur le papier, et je ressens une adrénaline, l’angoisse laisse la place à un certain plaisir, mon inconscient -qui se dit qu’il faut y aller franco au cas où je ne comprendrais pas- me glisse même cette réflexion : mais en fait, quel pied d’écrire ! Il faut écrire !!

L’avenir nous dira si je l’écouterai ou si j’attendrai un prochain rêve pour prendre enfin mon courage à deux mains.

Bien à toi,

Lina

L’avis de la psy, Elisa, invitée spéciale de la Newsletter n°7, Hors Série de l’été.

Le rêve de l’exam quel enfer ! Je pense qu’il est assez typique celui-là.

J’aime bien que tu termines l’introduction de ta NL par « à vos interprétations ! ». Tu invites tes lecteurs à jouer avec ce que le récit de tes rêves convoque chez chacun. En t’offrant comme objet d’intérêt pour les autres, et en témoignant du plaisir que tu y prends, tu fais le pari que tu donneras envie à d’autres de se risquer à ce dévoilement et d’y prendre plaisir aussi. Peut-être d’abord dans un jeu pour soi (à l’adresse d’un autre à l’intérieur de soi), comme Fellini l’a fait sur la suggestion de son psy, avant d’être publié (Tout le monde n’est pas Fellini mais qu’importe !)

Ça me parle beaucoup ce rêve de Lina: sortir de l’inhibition pour renouer avec son désir.

C’est ça la force du rêve : un acte psychique consolateur, transformateur ! C’est un cadeau de soi à soi, pour peu qu’on s’y intéresse.


Permettre le deuil, Éléonore, 40 ans.

Juste avant mes 7 ans, mon père est mort. 
On m’a dit « dans sa voiture ». On ne m’a pas emmenée à son enterrement, je ne l’ai plus jamais revu après ces vacances d’été 89. Pendant des années, j’ai imaginé la violence du choc de l’accident dans le parking, à l’aube. Je faisais des cauchemars du visage ensanglanté, du fracas de la taule et du crissement des pneus. J’ai commencé à poser des questions, on ne m’expliquait jamais les détails. 

Et puis un jour, dans une voiture, je devais avoir 12 ans, ma mère m’a dit la vérité. Mon père était bien mort dans sa voiture, mais pas d’un accident. Suicidé à 34 ans. 

J’ai raté six fois mon permis, ai fini par l’avoir mais je ne conduisais jamais, j’avais trop peur. Un oncle s’amusait à m’appeler Schumarer. Très drôle.

Quand je suis allée voir une psy, elle m’a fait prendre conscience de l’autre traumatisme, au-delà de la mort brutale et prématurée : celui du déni de réalité, ce silence qui avait empêché mon deuil depuis tout ce temps. 

Aujourd’hui je conduis avec joie ma voiture familiale sur les routes de la Creuse.


Rencontre du troisième type, le souvenir de Charlie.

J’ai 7 ans et demi. Parents divorcés. 
Mon père est absent, je le vois quand il le décide c’est-à-dire, pas souvent. Ma mère est dépressive. Je suis livrée à moi-même. Je me sens seule. 

Je tombe sur Rencontre du Troisième Type à la télé. Wouah. Ça peut vraiment exister, les ovnis et  les extraterrestres ?
« Ça existe ! Moi un jour j’ai vu un ovni, il y avait des lumières qui allaient à une vitesse folle, c’était magnifique » me dit très sérieusement mon père, un très rare week-end où il a consenti à s’occuper de moi.
C’est la révélation. Je ne suis pas seule, en fait. Il y a une famille pour moi, qui me ressemble. Ma vraie famille. Je dois juste attendre qu’ils viennent me chercher. 
Je regarde le ciel, obsessionnellement. Je cherche un moyen de « les » contacter, j’entraine mes camarades de classe. On s’enferme dans le placard de ma chambre, on essaye de les contacter par la pensée, on leur écrit des messages codés. 

Les parents de mes copains s’inquiètent et préviennent ma mère que je suis en train de rendre leurs enfants cinglés. Elle doit faire quelque chose. 

C’est ainsi que nous atterrissons chez le psychiatre du coin, mon premier, le premier d’une très, très, longue série. 
Première partie de rendez-vous tout à fait normale en présence de ma mère. Le divorce, la dépression de ma mère, mon père absent. Puis le psy demande à ma mère de nous laisser. On reste en tête à tête. 
Il me regarde et change tout de suite de ton. Le plus sérieusement du monde, il me dit : « moi aussi j’y crois. Je suis sûr que ça existe. Quand tu fais une veille, il suffit de tendre son pouce et de fermer l’œil, comme ça. Si ça couvre l’objet volant que tu vois dans le ciel, alors c’est que c’est pas un avion, c’est un ovni ».
Du haut de mes 7 ans et demi, je me dis « c’est quoi ce fou ?». 
On repart du cabinet. Je n’ai plus jamais reparlé d’ovnis ou d’extraterrestres. 

Je n’ai jamais su si ce psy était un génie ou un dingue. Et je me le demande encore avec mon regard d’adulte.


La voix sans visage, l’histoire d’Ella, 33 ans.

Juste avant le confinement je suis tombée en dépression. On dit que l’effondrement de tout ce qui nous constituait, ce drôle d’hiver dont on croit qu’on ne va jamais se remettre, est comme un court-circuit de l’esprit qui ne peut plus laisser passer nos dénis. Engorgé d’une eau trop noire et invasive il fait mettre le système « en défaut » jusqu’à des jours meilleurs. Qui dans mon cas n’arrivaient pas. 

Le confinement est arrivé à point nommé. Je me disais que le monde s’était arrêté pour me permettre d’aller mieux. 

C’est là que j’ai commencé à lui parler. Elle était la voix sans visage, qui par ses questions et son intérêt pour ma vie a peu à peu redessiné des formes, des perspectives. Grâce à cette voix qui me parlait chaque semaine, c’est comme si je sortais de l’hiver chaque séance un peu plus, en retrouvant peu à peu une capacité à nommer les choses. 

Elle avait une voix grave et un léger accent étranger, qui posait toujours plus de questions pour remonter le temps, les époques, trouver en quelque sorte les racines du mal. Son intérêt repoussait les limites de ma propre curiosité à l’égard de ma famille. Elle me demandait tout le temps « ce que ça raconte ». Forcément je me demandais d’où elle venait, elle, comment elle en était arrivée là à parler à des gens comme moi, en détresse, dans une langue qui n’était pas sa langue originelle, mais qu’elle maniait avec une telle précision, une telle profondeur. 

D’un coup le printemps fleurissait dans Paris vide autant que dans les interstices de mon esprit. 

En reprenant les choses depuis le commencement, avant ma naissance, dans les liens entre ceux qui m’avaient mise au monde, leur place au sein de leur propre famille, en ressaisissant  le fil de l’histoire qui est la mienne, j’ai compris cette idée de Céline Curiol qui dit que si on ne peut plus se raconter, s’inscrire dans une histoire propre, avec un passé et un avenir, on ne peut pas survivre dans le présent. 

La voix sans corps de ma psy a redonné consistance à mon passé, ranimé mon corps, m’a redonné le goût de l’avenir et surtout celui du présent.


Histoire d’O.

Vers l’âge de 25 ans, et alors que je menais une vie nocturne des plus dissolues, j’ai commencé à souffrir (le mot n’est pas faible) d’un mal étrange, sans crier gare, ma tête se mettait à tourner, mon coeur s’accélérait, tout mon système était en alerte rouge sang. Les sons, la lumière, tout m’agressait et je n’avais qu’une envie : fuir.

Sauf que, la distance entre le lieu d’apparition des symptômes et le lieu dans lequel je m’étais réfugié n’y changeait rien, pire, ça s’aggravait. Le problème n’était donc pas ailleurs, mais en moi. 

J’ai, dans un premier temps, arrêté net mes consommations diverses, pensant que tout venait de ce que je prenais. Mais non, les symptômes persistaient, je vivais la peur d’avoir peur au ventre.

Dans la terreur d’un verdict, je me résignai à consulter mon généraliste, Véronique L. Et si j’avais une maladie cardiaque ? Non, et si j’étais en train de développer une maladie mentale type schizophrénie? Ma plus grande crainte (avec celle de devenir SDF, l’une allant souvent avec l’autre).

Le jour de la consultation arriva et, mon doc, de manière très laconique (j’avais aimé son ton), me lâche alors que j’ai tous les symptômes du trouble panique. En clair, je fais des crises d’angoisse qui, si elles ne sont pas mortelles, encore moins le déclencheur d’une pathologie plus grave, peuvent devenir handicapantes au quotidien.

J’étais en train de m’en rendre compte voyez-vous… Chance, Véronique L. était en lien direct avec une psychothérapeute travaillant justement sur ce sujet et cherchant des patients dans le cadre d’une étude à la Pitié Salpêtrière.

Rendez-vous fut pris et je commençai alors une psychothérapie comportementale visant, dans un premier temps à surmonter les symptômes, dans un second, à comprendre leur origine. Afin de m’apaiser, j’avais accepté (parce qu’au début je faisais de la résistance) de prendre, à faible dose, un AD.

Bien m’en avait pris. Petit à petit, je remontais la pente. Et dès que le mal fût maîtrisé, je passai en cabinet avec cette chère Manuela T. et son accent magnifique. Je testai alors la technique de l’EMDR (je vous laisse avec Google pour les détails) née en Amérique, visant à réparer les vétérans du Vietnam.

Semaine après semaine, je faisais le taf, déterrant les squelettes et autres fantômes. Il y était évidemment beaucoup question de ma mère, morte quelques jours après mes 15 ans, ma reine de Tchernobyl, qui aimait fort et cassait fort.

De mon père, le mâle alpha. Allez l’OM.

Et puis de ma sexualité, beaucoup, petit PD.

J’ai bavé sur son tapis de la rue Daval, j’ai essuyé ma morve et je suis tombé amoureux, un peu plus tard, mais je suis obligé de faire des ellipses. Et c’était la première fois que j’aimais comme ça, trois années avec ce dur à cuire, on s’était trouvés. Deux boiteux dans la nuit noire. Et un jour, dans un geste kamikaze, il m’a quitté (ellipse encore).

Cassé de partout.

Il était le sein de ma mère, le mutisme de mon père et contre lui, j’avais cru tenir ma vendetta.

Des mois que je ne voyais plus ma psy, mais, dans un instinct de survie, c’est vers elle que je me suis dirigé. Sauf que, en plus d’avoir le cœur en miettes, je me retrouvais aussi dans une situation économique des plus précaires. Qu’à cela ne tienne, Manuela tenait une permanence gratos à la Salpêtrière les jeudis matins. Ça n’était plus le confort de son cabinet en ville mais c’était elle et moi et peu m’importait la couleur des murs. Je devais me sauver. J’ai traversé la ville à pied (des ampoules comme jamais, mais fallait que je marche) des semaines durant. Mais le mal y était et ne me lâchait pas. Une dépression dont je ne voyais pas la fin. Le mal de vivre, pur, dur.

Jusqu’à ce que j’apprenne, plusieurs mois après, une anecdote concernant l’Amour perdu. C’était un samedi soir, j’ai foncé chez moi et me suis fait la peau. Je sais juste que mon corps a été retrouvé dans une rue des Abbesses et que je me suis réveillé à Bichat.

Je vous passe le vaudeville de ce week-end là où des amis ont appelé les pompiers, pensant que j’étais à l’agonie sur mon parquet flottant. Bingo, une porte défoncée, 1500 balles jamais remboursés, salauds d’assureurs.

J’ai été ensuite transféré à Maison Blanche, compte tenu de mon lieu d’habitation. « Vol au dessus d’un nid de coucou » le machin.

Bizarrement c’est dans cet endroit que j’ai retrouvé, petit à petit, le goût des choses.  

De l’intérieur j’avais le droit de garder le contact avec ma psy, un coup de fil le soir. Et puis je suis sorti, elle m’avait fait promettre de l’appeler pour mon premier soir dehors. Je l’ai fait, et je l’entends encore me dire : « Jé sé qué jé sors dou cadre O., mais ne me faites plus jamais ça ».

Ma gorge se serre, en vous l’écrivant.

La nuit d’après, j’ai fait ce rêve étrange, j’étais dans son cabinet (le vrai, le beau), je m’approchais d’elle et elle ouvrait sa blouse blanche d’où s’échappait un sein, énorme, tendu, d’où coulait un filet de lait, que de ma bouche assoiffée, je tétais sans relâche.

Je n’ai jamais osé lui en parler. Moi-même je savais.

Je ne la vois plus depuis des années, mais elle sera toujours présente en moi. Et j’aime cette idée.


Qui tendra la main la première ?, l’histoire de Marguerite.

« J’ai fait une analyse pendant sept ans avec la même thérapeute. Et pendant sept ans s’est joué le même jeu à la sortie de la séance : à chaque fois elle me raccompagnait à la porte, je la suivais dans un couloir, elle ouvrait la porte et elle me regardait partir. Et à chaque fois, je me  demandais qui allait tendre la main vers l’autre la première. C’était comme un temps suspendu, très gênant, ça me stressait énormément. Quand j’initiais le mouvement, j’avais l’impression qu’elle allait pas me répondre, qu’elle allait me mettre un gros râteau. 

Mais quand c’était elle qui me tendait la main, j’avais l’impression que c’était extrêmement agressif, et qu’elle me mettait à la porte.

C’était très bizarre, parce que c’était la manière dont on mettait un point final à notre séance, et ça me laissait toujours sur quelque chose de foireux. 

Bon, il faut dire qu’en sept ans d’analyse, je n’ai jamais entendu le son de la voix de cette psy. Je l’ai jamais aimée, ma haine envers elle a grandi de jour en jour, je lui ai donné tout mon PEL, et au final on a rompu pour une histoire naze (enfin, une histoire d’argent…) »


Se regarder encore, le récit d’Alex, 39 ans.

Première psy, j’ai 8 ans, c’est une connaissance de ma famille. 

Je lui dis « toute ma famille me trouve grosse, mon père et ma mère essaient de m’empêcher de manger parce que je mange trop » . Elle me dit : je crois que derrière ces mots se cache une inquiétude de tes parents. Je me souviens m’être dit « inquiétude de quoi ? » 

La psy me demande de me regarder et de dire comment je me vois. Je lui dis que je me trouve grosse. Moue de désapprobation de ma psy. Elle insiste pour que je me regarde encore. Elle insiste pour que je m’aime. J’arrête les séances.

Aujourd’hui je regarde les photos de moi enfant et je me dis : ah bah elle avait raison je n’étais pas grosse… 

Mais aujourd’hui je suis grosse, et je me demande tous les jours à quel point j’aurais dû écouter ma psy et pas mes parents, peut-être que je ne serais pas rentrée dans ce délire de contrôle du corps.